Jean Art

Rencontre avec un musicien, dessinateur et écrivain autodidacte dont je suis le travail depuis des années maintenant.C’est en me disant que je n’avais vraiment pas assez développé la partie musiciens de mes interviews que j’ai repensé à lui,et qu’il a très gentillement accepté.

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Peux tu te présenter rapidement ?

Je m’appelle Jean-Claude Érémic, j’ai 35 ans et je vis à Bobigny (93) et je suis né à Drancy (93) À part dix années passées à Paris, j’ai toujours vécu à Bobigny, d’où vient toute la famille du côté de ma mère depuis des générations et des générations. Je suis d’origine Serbe de par mon père et j’ai quatre frères et trois sœurs, dont je suis le sixième. Si j’ai un prénom de vieux, c’est parce qu’après quatre garçons d’affilé, ma mère n’avait plus d’idée pour me trouver un prénom, donc c’est l’infirmière qui s’en est occupé. Ah cette infirmière si je pouvais lui mettre la main dessus…….

 Pourquoi avoir choisi « Jean Art » comme nom d’artiste ?

Pour mon nom d’artiste, j’ai tout simplement choisi mon surnom  »Jean Art », qui vient justement du fait qu’appeler quelqu’un Jean-Claude, ça fait un peu long. Bien sûr, il y a J-C, mais on est en banlieue, les surnoms, c’est la tradition. Alors, comme mon prénom commence par Jean, j’ai eu le droit à  »Jean veux »,  »Jeandarme »,  »Jeancive », j’en passe et des meilleurs. Jusqu’à ce que mon meilleur ami se mette à m’appeler Jean art, pour  »argent » en verlan. Mais je n’ai aucun rapport avec l’argent, donc j’ai transformé le  »ar » en  »art », vu que je suis musicien et dessinateur.

 Depuis quand pratiques tu la guitare ? Comment as tu appris ?

Je joue de la guitare depuis 21 ans maintenant. J’ai commencé à jouer à 14 ans, quand je ne pouvais plus faire qu’écouter du rock. Il fallait que j’en joue aussi. Mais ça n’a pas été facile du tout. J’étais le seul rockeur du quartier. Il n’y en avait que pour le hip-hop et les cours de guitares étaient bien trop chers. J’étais seul au monde avec une folle envie de jouer. Et un jour, par hasard, j’ai trouvé une guitare russe à trois cordes dans une poubelle, et j’ai essayé de trouver à l’oreille tout ce que je pouvais avec. Cette histoire a bien duré quelques mois. Ensuite, j’ai pu m’acheter une guitare acoustique et j’ai regardé un maximum de concert à la télé que j’enregistrais pour mettre pause et regarder comment Kurt Cobain ou Noël Gallagher faisait, mais c’était pas très précis. J’ai dû faire ça durant une bonne année, jusqu’à ce qu’un soir, toujours par hasard, j’ai tout simplement tourné la tête vers l’un des posters de Kurt Cobain accroché dans ma chambre, où on voyait parfaitement ses doigts sur le manche de sa guitare. J’ai fait comme lui et tout de suite, ça sonnait bien. Ensuite, j’ai vu qu’il y avait des points sur le manche, donc je les ai suivis en faisant toujours le même accord et ça m’a fait penser à la chanson  »black betty », des  »Ram Jam » et voilà. C’était parti pour l’amour fou entre la guitare et moi.

 Quelles sont tes inspirations pour ta musique ?

Pour composer, je m’inspire de ce que je vis, que je mets sous forme de poème. C’est en anglais, donc on a tendance à croire que j’écris n’importe quoi tant que ça sonne bien, mais si on écoute et qu’on regarde bien, il y a ma vie et ma vision de la vie. J’y ai même mis des messages explicites, seulement, il faut se pencher dessus. Faut vraiment écouter et regarder. Je me sers de la musique pour m’exprimer et me libérer de mes démons. Donc les femmes, la drogue et forcément la mort. Sans la musique, je serais rempli de haine. D’ailleurs, je serais incapable d’écrire une chanson marrante, parce que rire ne me marque pas et me défoule.

 Comment procèdes tu pour la composition d’un morceau ?

Pour moi, une chanson, faut que ça vienne du cœur. Sinon, tu risques de la détester si tu la joues un peu trop. Donc, selon mon humeur, je vais tout de suite savoir si j’ai besoin d’écrire une chanson triste, ou une bien rock’n’roll. Acoustique ou électrique, telle est la question. Ensuite, je procède toujours de deux manières. Soit, je prends ma gratte et tout en regardant la télé, je gratte et je gratte durant des heures en chantant n’importe quoi, en yaourt, jusqu’à trouver un petit quelque chose.

Soit, des débuts de chansons viennent toute seules dans ma tête au moment où je m’endors. Ça m’arrive souvent. J’ai même dû apprendre à me lever tout de suite pour les enregistrer, afin de ne pas les oublier, parce qu’une fois endormie, c’est fini. Impossible de s’en souvenir au réveille.

 Combien de temps te faut il pour écrire une chanson?

Les meilleures chansons se composent en trois minutes maximum. C’est celles qui viennent immédiatement du fond du cœur, comme par magie. Ce sont d’ailleurs les meilleures. C’est vraiment une expérience étrange et très agréable à la fois. Comme des perles qui tombent de tes doigts. Et ça m’est arrivé pas mal de fois. Sinon, en une nuit, j’arrive toujours à composer quelque chose, sans problème.

 Pourquoi avoir choi de chanter en anglais ?

J’ai pas choisit de chanter en anglais. C’est comme ça que j’ai appris, donc c’était naturel pour moi. C’est comme ci on m’avait tendu un dictionnaire du rock et qu’il était en anglais. L’anglais, c’est le rock. Le bal musette, c’est la France. Moi j’aime le rock. Les Beatles, les Stones, Nirvana, les Pixies, Oasis…qui privilégie la musique aux paroles et j’adhère totalement. Je n’ai jamais pu m’identifier aux deux seuls groupes de rock français valables, qui sont: Téléphone et Noir Désir. J’adore ce qu’ils font, mais ce n’est pas le rock que je veux jouer.

Peux tu me faire un historique de ta création musicale (nombre d’albums,pourquoi avoir choisi les noms, quels sont les chansons marquantes sur chacun d’eux,…) 

Toujours à cause de la banlieue, j’ai mis du temps à trouver quelqu’un qui savait enregistrer du rock. J’ai dû attendre 2009, pour rencontrer Ian Holchaker, qui m’a pris sous son aile et m’a enregistré mes deux premiers albums.  »Million Jean Art Baby » est sorti en 2009. C’est le premier, donc j’ai trouvé un titre accessible et j’étais timide, donc je voulais un peu dissimulé ce qu’il y avait dedans. Comme la chanson  »Daddycted », la première chanson que j’ai composé à 17 ans, qui est un jeu de mots entre  »daddy » et  »addicted ». Par rapport à mon père, qui m’a cassé la gueule toute mon enfance.

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Puis, il y a eu  »Pop Rockxenette » en 2011. Encore un jeu de mots, parce que l’album comporte que des bonnes chansons. Dedans il y a surtout  »Don’t », qui a beaucoup de succès dans mon petit monde. Il y a une espèce de truc vaudou dans cette chanson. Je reçois encore tous les jours de gentils mails de gens du monde entier à propos d’elle.

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Et enfin, il y a  »Dead End ». Qui succèdent à des événements qui m’ont littéralement tué, d’où le titre. Cet album aurait dû être le dernier, mais j’ai encore quelques trucs à dire. Dedans, il y a la chanson  »My Friends », dont je suis le plus fier musicalement parlant et la plus proche de mon quotidien, qui parlent de tous mes amis morts ou en prison. Mais il y a aussi  »The end of me », qui veut tout dire. Cet album comporte des messages cachés, mais je ne peux pas en dire plus.

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 D’après toi, pourquoi n’as tu pas encore trouvé de maison de disques ?

Je n’ai pas trouvé de maison de disques, malgré des milliards de maquettes envoyées, parce que ce n’est pas la bonne époque pour le rock. La technologie a tué la guitare. Les gens veulent de la musique électronique. Et avec l’arrivée du téléchargement gratuit, il n’y a plus d’argent pour se permettre d’avoir les couilles de produire un coup de cœur qui n’a rien de marketing. Et malheureusement, il ne faut pas oublier que le milieux musicale est une famille, comme au cinéma, donc si tu es le fils de personne, tes chances tombent vraiment à zéro. Ce qui est mon cas. Je fais du rock en anglais, en France, un pays pas du tout rock’n’roll. La France, c’est la chenille, Christophe Mae et compagnie. Ce n’est pas un pays près à produire un Jean Art. Alors, j’essaie de m’exporter vu que je chante en anglais, mais les gens veulent entendre de la merde, donc c’est ce qu’on leur donne, du coup.

 Comment t’y prends tu pour enregister tes morceaux ? ( comment tu fais pour enregistrer, tu engages des musiciens,…?)

Je fais mes albums moi-même en faisant tous les instruments que j’enregistre et que je mixe. Mon ami Ian Hoclchaker, dont j’ai parlé précédemment, a enregistré et mixé mes deux premiers albums. Mais il ne peut plus, donc je m’y suis mis. C’est malheureux à dire, mais à part Ian, s’il n’y a pas d’argent en jeux, les gens n’en ont rien à foutre. Du coup, ils te ralentissent. Moi encore, j’ai la chance de savoir tout jouer, donc je fais tout, de bout à bout. Jusqu’aux clips. Mais qu’est-ce que j’aurais adoré qu’un bassiste me fasse mes basses et qu’un pianiste joue sur mes morceaux.

Pour le côté technique, j’utilise du matériel vintage. Je n’ai rien au-dessus des années 70.

 Quels instruments possèdes tu ? Et quel est celui que tu préfères et pourquoi ?

J’ai une douzaine de guitares, dont ma toute première guitare électrique, une Fender Telecaster, que j’utilise le plus souvent et qui reste de loin ma préférée. J’ai aussi de très bonnes raretés, comme un Framus Strato VI Gordini, de 1971. Elle est bleue avec deux bandes blanches, comme les voitures Renault Gordini. Et une , qui a une forme un peu futuriste. Sinon, comme clavier j’ai un orgue à lampe, deux basses, deux amplis à lampes de 1961 (des clones s d’ampli Vox). Pour finir, j’ai une steel guitare. C’est une guitare plate qui se pose sur les genoux ou sur un pied, qui donne un son country. Je l’ai beaucoup utilisé pour ma chanson  »The end of me ».

 Tu préfères enregistrer chez toi ou jouer sur scène ?

Je me sens bien que sur scène. Et dans le sexe, bien sûr.Tout le reste du temps, tout est horrible pour moi. J’adorerais qu’on me réveille juste pour aller sur scène et me recoucher le reste du temps. Dès que je monte sur scène, le sourire vient tout de suite et ma guitare devient le prolongement de mes mains. Je deviens concentré sur ce que je fais et plus rien ne compte. Chez moi, c’est l’horreur. J’ai envie d’être sur scène, là, tout de suite, mais je suis entre quatre murs.

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 Comment va le milieu du rock parisien selon toi ?

Le milieu du rock parisien est tout sauf rock. C’est insipide, sans saveur. Tout est dans le  »m’as-tu vu », dans la pâle copie, selon la mode du moment. Tout est réfléchi. Rien de spontané, rien qui vient du cœur. Tu vois des groupes qui deviennent périmés en à peine un an, parce qu’on passe déjà à autre chose. Pitoyable. Malheureusement, ils prennent toute la place.

 J’ai vu aussi que tu dessinais, depuis quand dessines tu ?

Oui je dessine énormément. Le dessin fait entièrement parti de ma vie aussi. Je dessine bien avant de faire de la musique d’ailleurs. Depuis que je sais tenir un crayon quoi. C’est ma passion première. J’ai fait beaucoup de B.D dans le style manga, sinon je dessine et je peins surtout dans le style art nouveau.

J’ai toujours imaginé mes personnages, mais depuis peu, je mets en scène mes amies proches. La peinture a même été mon boulot. J’ai été peintre en fresque murale monumentale durant deux ans, où j’ai glissé, comme pour mes albums, des messages cachés qui se voient seulement quand il y a du soleil. J’ai utilisé une sorte de verni pour faire cet effet là (ça c’était pour l’anecdote). J’ai aussi été peintre pour les vitrines des galeries Lafayetes à Paris, durant deux ans aussi. Mais le dessin et la peinture c’est très long. Je trouve la musique plus vivante et plus pratique pour cracher ma haine.

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 Tu as pris des cours ou tu as appris en autodidacte ?

Comme pour la musique, je suis autodidacte. Aucun membre de ma famille sur des générations, ne sont jamais intéressés à l’art en général et encore moins au dessin et à la musique. Je ne sais pas d’où ça vient, mais c’est comme manger, j’en ai besoin. L’odeur de la peinture et des crayons, ou de l’étui à guitare quand tu l’ouvres, c’est incroyable. J’en reveux !

 Quel matériel utilises tu ?

Pour mes tableaux j’utilise l’acrylique ou l’huile. Et pour tous mes dessins, j’utilise un stylo bille noir. Ça vient de mon enfance. On n’avait tellement pas de thune, que je faisais avec ce que je trouvais. À force, c’est devenu normal pour moi d’utiliser un stylo. Et j’arrive à faire des trucs super précis avec et j’aime bien, c’est tout doux quand la bille roule sur la feuille.

 Quels sont tes projets pour le reste de l’année 2016 et pour 2017?

En 2017, je compte enfin sortir mon roman  »Cantique ». La chanson du même nom qui se trouve dans mon premier album, parle du roman. C’est pour dire qu’il ne date pas d’hier. Mais je suis lancé. Cette histoire me hante. Il faut que ça sorte. Et en début d’années, il y aura mon nouvel album, que je suis actuellement en train d’enregistrer et qui s’intitulera  »The woman clothed with the dark ». Qui parle de celle qui m’a tué.

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