Eva Delambre

Il faut bien avouer que je connais encore très mal la littérature érotique, et encore moins celle qui parle de bondage, de BDSM, de domination et de soumission, mais j’ai toujours trouvé ce monde très intéressant, du point de vue des rapports humains, et du rapport à la sexualité ( j’en parlerais plus longuemment sur un article dédié)

Mais une amie m’a parlée d’Eva Delambre, ma curiosité a tout de suite été piquée, j’avais toujours eu des milliers de questions à poser et pas le courage de les poser en direct à quelqu’un, d’autant plus que les personnes qui ont des connaissances dans ce domaine dans mon entourage, sont assez rares.

Comme pour beaucoup de personnes interviewées, je ne pensais pas qu’elle accepterait, et surtout qu’elle réponde aussi vite.

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Pouvez vous vous présenter rapidement ( nom,travail, études,…)

 

Je m’appelle Eva, parisienne et pleinement épanouie. Je partage mon temps entre la rédaction de mes romans et d’autres activités. Une vie bien remplie.

 

 

Qu’est ce qui vous a donné envie d’écrire de la littérature érotique parlant de dominance ? 

 

Au début, il ne s’agissait que de l’envie d’écrire. J’avais toujours eu l’idée de rédiger un roman, mais je pensais davantage à un roman noir ou du thriller. Je dirai que je n’avais pas du tout prévu d’écrire de l’érotisme, et encore moins m’orienter vers les BDSM. Je n’avais pas non plus prévu d’écrire un livre lorsque j’ai commencé. 

 

Je m’étais rendu compte que j’avais beaucoup de difficultés avec les mots crus, ou trop explicites. Même seule, sans avoir l’intention d’être lue par qui que ce soit, je ressentais un blocage. J’ai parcouru quelques forums et blog spécialisés dans la littérature érotique et j’ai réalisé que beaucoup osaient ces mots qui m’étaient difficiles. 

 

Je me suis lancée un défi, celui d’écrire à mon tour une scène que je jugerai « épicée », sans pour autant savoir ou ça me mènerait. J’ai commencé et je me suis prise au jeu. Ce défi a donné naissance aux toutes premières pages de Devenir Sienne, mais je l’ignorais encore. J’ai posé ces lignes sur un forum, et les critiques positives m’ont donné envie de continuer. Après quelques jours, je me suis lancée et j’ai décidé de poursuivre l’histoire que j’avais commencé. De fil en aiguille, ce récit a pris de l’ampleur et je me suis aperçue qu’il s’était très vite orienté vers la soumission et la domination. Je ne connaissais rien de ce monde à cette époque. J’écrivais simplement des situations qui m’excitaient sans vraiment me mettre de limites. 

 

Après quelques mois de rédaction et la suppression de mon espace de publication sur ce forum, j’ai remis en ordres tous ces bouts de récits et j’ai réalisé que j’avais une histoire complète. J’y ai mis un point final lorsque j’ai rencontré mon Maître et que j’ai moi-même pénétrée ce monde. 

 

Ce n’est que deux ans plus tard, alors que j’ai entendu parler du succès de Fifty Shades of Grey aux USA que j’ai pensé qu’il y avait un lectorat pour ce genre de livre et que je l’ai proposé à l’édition. Je n’ai su qu’après que mon roman n’avait pas grand-chose en commun avec Fifty Shades. 

 

 

Quelle a été votre expérience dans ce milieu, et qu’est ce qui d’après vous, vous en fait une des figures de proue ?

 

Je suis soumise à mon Maître, et cette relation m’inspire évidemment mais je tiens à la garder privée. Mes expériences dans la soumission transparaissent très certainement au travers de mes romans, mais je distille ces moments sans les dévoiler. Bien entendu je ne m’érige nullement en figure de proue de ce milieu. Je revendique par contre mon statut d’auteure et de soumise. Je connais ce milieu, les règles, les pratiques et les ressentis. C’est cela, et non pas un fantasme que j’offre à mes lecteurs.

 

 

Que diriez-vous à quelqu’un qui pense que les personnes pratiquant la dominance ou la soumission sont des personnes nécessitant un traitement psychiatrique et un enfermement ?

 

J’aurai d’abord tendance à les laisser dans leur ignorance. Je ne cherche à convertir personne et je ne me considère pas comme porte-parole, juge ou censeur. Comme pour toute minorité, les pratiquants du BDSM sont la proie de jugements et des critiques. Tous comme les homosexuels, par exemple, et beaucoup d’autres « déviants » aux comportements non conformes à la norme. Si je devais entrer dans ce genre de débat, je chercherais d’abord à savoir ce qui motive un tel jugement. Souvent les gens considèrent que la soumise est une victime et que ce n’est pas normal d’être ainsi privé de liberté, de se soumettre à quelqu’un. Je répondrai à cela que c’est tout l’inverse. La principale chose à comprendre est la notion de consentement. À partir de là, je ne vois pas ce qui pourrait être condamnable dans une pratique, tant qu’elle ne nuit à personne. La plupart des gens pratiquent de façon discrète et n’imposent pas leur façon d’être aux yeux de tous. Il faut se défaire de clichés qui ont la peau dure. Ce n’est pas parce que nous ne faisons pas « comme tout le monde », que nous sommes malsains, infréquentables ou en marge de la société. Ce qui, à mes yeux, est condamnables, c’est de juger sans savoir. Se soumettre est une grande liberté, c’est un choix mûrement réfléchi. Ceux qui ne sont pas à même de comprendre ça, refusent généralement tout dialogue. Ils passent à côté d’un monde passionnant.

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Qu’auriez vous envie de dire si on vous laissait une chance de faire changer la vision qu’a le commun des mortels sur ce milieu ?

 

La même chose, je dirai que chacun est libre de vivre sa sexualité et sa vie comme il l’entend et qu’il n’a pas à être jugé ou critiqué parce qu’il ne rentre pas dans les « cases ». Ensuite à chacun d’élargir ses plaisirs et ses horizons de pensée. Pour ma part le BDSM m’a beaucoup apporté et il m’apporte encore beaucoup. C’est une richesse d’âme insoupçonnée. 

 

 

Comment avez-vous trouvé la maison d’édition qui a acceptée de vous publier ? Cela a t’il été difficile ? Pourquoi ? Pourquoi pas ?

 

Lorsque j’ai entamé les démarches de publications, j’étais réaliste et je n’imaginais pas vraiment être publiée.  Il s’agissait surtout d’aller au bout de quelque chose… et d’obéir à mon Maitre qui m’imposait cet objectif ! J’avais déjà commencé à m’auto-publier et je n’attendais pas d’avantage même si bien sûr, je savais que ça serait merveilleux d’avoir un retour favorable. Je n’ai proposé mon roman qu’à trois maisons d’éditions, spécialisées dans ce genre de littérature. Les Éditions Tabou m’ont rapidement contactée. Je reconnais que j’ai adoré l’idée d’être publiée par une vraie maison d’édition connue. J’ai parfois manqué de confiance en moi par le passé et ce contrat d’édition m’a permis d’avancer dans une voie qui m’avait longtemps fait rêver. Depuis, j’ai décidé de prendre du temps pour continuer à écrire et de poursuivre cette aventure. Publier un roman, se retrouver en rayon n’est pas quelque chose d’anodin, c’est le rêve de beaucoup d’auteurs. J’en suis très heureuse.

 

 

Comment êtes-vous entrée dans ce milieu ?

 

Parallèlement à l’écriture de Devenir Sienne j’ai fait quelques rencontres. Notamment celle de mon Maître, qui m’a fait réaliser que tout cela n’était pas que des mots et qu’il y avait en moi une véritable envie de vivre. Écrire m’a permis de découvrir ce monde, mais c’est mon Maître qui m’a véritablement révélée et initiée à la soumission. Depuis, je ne cesse de m’épanouir dans ma condition, Il m’encourage et me pousse à continuer l’écriture. Un vrai Maitre n’est pas un pervers sadique, « baiseur » et « fesseur » ! C’est aussi un être fort, qui montre la voie, qui apprend, qui encourage et donne beaucoup d’énergie pour que la relation Maitre / soumise soit un vrai épanouissement personnel.

 

 

Pensez-vous qu’il puisse exister de l’amour entre un Maitre et sa soumise ? 

 

Je ne le pense pas, je le sais. Bien sûr qu’il peut y avoir de l’Amour, et bien plus que cela même. Le lien qui unit un Maitre et sa soumise est indescriptible. Je connais de nombreux couples liés par ce sentiment hors du commun. Ceux qui pensent que le BDSM n’est que du sexe, des humiliations et de la violence n’ont absolument rien compris à ce monde. Une relation se construit sur une base de confiance de de respect, c’est une alchimie complexe et magique. Lorsqu’on parle d’abandon, de Don de soi, on ne peut le faire que lorsque la confiance est pleine et entière. Certaines relations perdurent dans le temps et sont riches d’une complicité qu’aucun couple « vanille » ne pourra comprendre car on se livre entièrement nue, sans peur et sans mensonges, sans compromis. Bien sûr, comme dans toutes les relations humaines, il y a des histoires qui se passent mal, des dominants qui profitent et brisent celles qui se donnent, des soumises qui s’offrent trop vite et qui font machine arrière. Il y a aussi des personnes qui souhaitent les gestes et les actes, mais sans attache et dans y mêler les sentiments, mais cela reste rare. 

 

 

Quelles sont vos limites dans une relation ? ( pratiques sexuelles, sociales, affectives,… )

 

Je pense d’abord aux limites morales et psychologiques. Le Maître doit veiller à respecter différents équilibres et ne pas abimer l’âme de celle qui s’offre à lui. Il doit toujours s’assurer de sa sécurité et ne jamais la mettre dans des situations à risques, quelques soit le contexte. Il doit préserver sa vie privée, professionnelle et vanille si elle en a une. Il est le garant de ces priorités. L’étalage de photos sur le net est à mes yeux quelque chose de très délicat. Beaucoup s’y adonnent, sans penser aux conséquences. Les mises en situations publiques doivent aussi être abordées prudemment. 

 

De façon générale, au début d’une relation, la soumise expose ses limites, elles peuvent faire l’objet d’un contrat rédigé par le maître. En acceptant la soumise, le Maitre s’engage alors à respecter les limites de sa soumise, même s’il flirte avec.  Souvent, au cours d’une relation, ces limites évoluent et se transforment, parfois à la demande de la soumise, parfois à l’initiative du Maitre s’il a perçu des modifications. En effet, une fois la confiance acquise, elle peut accepter d’avantage qu’elle ne le pensait. Le maître ne doit pas aller au-delà de ces limites sans son consentement. La confiance serait alors brisée. La base pour régler tout cela est le dialogue. Il faut toujours garder du temps pour parler après une séance.

 

 

Comment procédez vous pour arriver à n’être jamais vulgaire alors que vous utilisez parfois un langage assez cru ?

 

C’est inconscient, je n’ai pas de méthode magique pour ça. Je laisse aller mes mots. Ceux que j’aime écrire et ceux que j’aimerai lire. Je n’aime pas vraiment user de métaphores pour parler de sexualité ou du corps humain. Lorsque j’écris une scène, même plutôt hard, je l’imagine comme si je regardais un film, et je décris ce que je vois. J’aime aussi beaucoup mettre l’accent sur les ressentis et les émotions. Décrire uniquement le factuel me semble un peu fade. Tout ce qui touche au BDSM est à mes yeux très psychologique, chaque geste, chaque sensation mérite qu’on y mette des mots. Tant de choses peuvent être provoquées par un simple regard. Au début, je m’attardais davantage sur les gestes et les actions, j’aime beaucoup décrire des scènes crues et parfois un peu choquantes. Mais depuis, je crois que je passe plus de temps à expliquer ce qui se passe dans la tête des soumises, que ce qui est fait à leur corps. 

 

 

Dans quelle mesure vos personnages vous ressemblent ils ? Et dans quelle mesure diffèrent ils de vous ?

 

Je crois qu’il y a un peu de moi en chacune des soumises que j’ai décrites. Mais pour autant, mes livres ne sont pas autobiographiques. J’essaie de décrire des caractères différents. Leurs approches dans ce monde le sont aussi. Dans Devenir Sienne, la soumise glisse vers la soumission sous l’influence de son amant qui débute lui aussi. Dans L’Esclave, Léna est novice, mais elle connait parfaitement le BDSM et s’offre en sachant très bien ce qui l’attend. Et dans L’Éveil de l’Ange, Solange est complètement étrangère à ce monde, elle le découvre par l’intermédiaire d’un maître expérimenté, et elle choisit de découvrir la soumission. 

 

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Bien sûr, dans les grandes lignes, j’exprime à travers elles beaucoup de choses sur ma propre vision de la soumission. On me reproche parfois que mes personnages ne se rebellent jamais, par exemple. J’ai beaucoup de mal à mettre en avant des attitudes qui me semblent contraire à mes principes. De même, j’aurai beaucoup de mal à mettre en avant un maître qui ne serait pas vraiment maître à mes yeux. Toutefois, c’est un exercice qui pourrait être intéressant. 

 

 

Seriez vous attirée par une relations de maitresse à soumise ?

 

Personnellement, non. Mais je pense que ce genre de relation doit être particulièrement riche et mériterait qu’on s’y attarde un peu. Peut-être que j’en parlerai dans un prochain roman. 

 

 

Avez vous un rituel d’écriture ? 

 

Pas vraiment, je n’ai pas besoin de conditions particulières. C’est surtout une question d’inspiration. En général, je relis toujours un peu ce que j’ai écrit précédemment, et je reprends où j’en étais. Ou au contraire, parfois une idée survient pour un passage en particulier et j’écris la scène de façon isolée, avant de la faire raccorder avec le reste. 

 

 

Combien de temps avez vous mis pour écrire vos quatre  romans ? 

 

Je ne compte pas vraiment. J’écris quand j’en ai envie et quand j’ai du temps. Globalement, je mets en général six mois pour écrire un livre, mais avec des périodes d’interruptions, et des périodes de grande inspiration. Il peut m’arriver de ne pas écrire du tout pendant quelques semaines, et reprendre après. C’est très aléatoire. 

 

Que représente l’écriture pour vous ?

 

Beaucoup de choses ! J’adore écrire et c’est un vrai plaisir de savoir que je suis lue et que mes livres apportent quelque chose à certaines personnes. Les témoignages de mes lectrices me touchent vraiment ! Je suis intarissable sur les relations BDSM. L’écriture me permet d’analyser beaucoup de sentiments et d’émotions récurrentes dans ce monde. C’est toujours passionnant. C’est une vraie satisfaction personnelle, et parfois aussi un exutoire, l’occasion de mettre des mots sur certaines choses. C’est aussi un élément important dans ma relation avec mon Maître. 

 

Etes vous sensible à la critique littéraire ? Que pensez vous du traitement qu’elle vous réserve en général ? 

 

Je suis assez sensible aux critiques, mais jusqu’à présent, j’ai la chance d’avoir plutôt des retours positifs, et certains d’entre eux valent de d’or. La plupart des critiques négatives jugent l’univers que je décris et les pratiques. Je peux comprendre qu’on n’adhère pas à ce style de vie et cela ne me blesse pas. Certains disent ne pas avoir aimé le livre parce que la soumise est décidément trop soumise, et le maître vraiment trop dur. C’est ainsi. Avec le nombre de romans publiés sur ce thème actuellement, je pense que chacun peut trouver ce qui lui convient. Si je voulais écrire du « commercial » qui plairait au plus grand nombre, j’adapterais mes histoires, mais ce n’est pas ce que je veux. Au contraire, je veux justement écrire sans trop me censurer et exprimer ma vision du BDSM, au-delà du jeu épicé ou de la romance érotique. 

 

 

Que ressentez-vous avant la publication d’un roman ?

 

Beaucoup d’appréhension et d’excitation. J’ai toujours peur qu’il soit mal accueilli, mais jusqu’à présent, je n’ai eu que des expériences très positives. Ça reste un grand moment, l’aboutissement d’un long projet, de beaucoup de temps et d’investissement. 

 

 

A quoi attribuez vous votre succès ?

 

Je ne sais pas si on peut parler de « succès » car je vise un public averti bien loin du BDSM soft et commercial. Je pense que mes lecteurs savent que je suis réellement soumise et que je sais de quoi je parle. Beaucoup disent se retrouver dans mes mots et que me lire les aident parfois à comprendre certaines choses ou tout simplement, à mieux s’accepter avec leurs envies et leurs fantasmes. 

 

Quels conseils donneriez vous à des personnes souhaitant se lancer dans l’écriture ?

 

Difficile de donner des conseils d’écriture, mais je dirai qu’il ne faut pas hésiter à se lancer. Quel que soit l’objectif, écrire est avant tout une aventure avec soi-même qui apporte beaucoup et qui révèlent énormément de chose. 

 

Quels sont vos projets pour le reste de 2016 et pour l’année 2017 qui arrive ?

Je termine actuellement la rédaction de mon cinquième roman. Après l’écriture en elle-même, il faut du temps de relecture, d’ajustement et de correction. Sans parler du temps consacré à la mise en page et à l’impression. J’espère une publication dans le premier semestre 2017. D’ici là, j’aurai très certainement entamé un nouveau projet. 

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