Emma Goldman

Il y a quelques semaines,, je suis allée dans une librairie achetée des bouquins sur l’anarchisme, et la vendeuse m’a gentiment conseillé L’anarchisme : ce dont il s’agit vraiment et autres textes d’Emma Goldman.

Il faut savoir que je ne connais rien à la pensée anarchiste, mais je me suis dit qu’un livre relativement court, pourrait être une bonne entrée en matière.
J’ai trouvée le livre en soit assez accessible, facile à lire et passionnant, même si j’ai volontairement sautée la partie sur le travail du sexe, parce que j’ai du mal avec les théories abolitionnistes. Sinon les autres textes sont assez intéressants, et me font mieux comprendre la base de la pensée anarchiste : à savoir toute forme de gouvernement est intrinsèquement mauvaise, une recherche de l’individualité exacerbée, et il faut rechercher à être libre, et aider autrui à l’être le plus possible également. Sous la plume de Goldman, la liberté revêt la possibilité de ne pas avoir d’enfants, de ne pas se marier, et de fréquenter qui bon lui semble, ce qui est relativement novateur à l’époque.

J’ai été également surprise de ne jamais avour entendu son nom, avant il y a quelques mois, alors qu’elle a eu autant d’influence que Louise Michel par exemple ( j’ai d’ailleurs écrit un article sur Louise Michel il y a plusieurs années ici. )
Pendant mon weekend à Paris en novembre, j’ai pu me procurer le dernier numéro de La Déferlante (superbe revue que je vous conseille vivement), et il se trouve qu’il y avait un très bon article sur Goldman, en plus de tout un tas d’autres textes passionnants.

Et c’est la lecture de cet article qui m’a donné envie de vous parler d’Emma Goldman, plutôt que de vous faire une critique de son livre

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Elle nait le 27 juin 1869, et vit avec son père, violent envers ses enfants, et sa mère qui essaie de les réconforter du mieux qu’elle peut. Durant son enfance, elle est proche de ses demi sœurs, enfants du premier mariage de sa mère. Sa famille déménage à Saint Pétersbourg en 1882, où son père essaie en vain de tenir un commerce, puis sa famille déménage dans un village, dans lequel le père tient une auberge. C’est à cette époque, quelle est pour la première fois témoin d’un acte de torture : un paysan est fouetté à coups de knouts dans la rue, ce qui pose la première pierre de sa détestation de toute autorité violente

.Sa famille déménage à Konigsberg, ville prussienne de l’Empire allemand, et intègre une Realschule. Son passage dans cette école est chaotique, car elle subit des sévices physiques, manque de se faire agresser sexuellement par un de ses professeurs, et se voit refuser l’entrée au Gymnasium parce que son professeur de religion refuse de lui donner

Durant son séjour à Saint Pétersbourg, sa famille est très pauvre donc elle est obligée de faire plusieurs métiers, plus tard elle suppliera son père de lui permettre de retourner à l’école

« Les filles n’ont pas besoin d’étudier autant que cela. Tout ce qu’une fille juive doit savoir, c’est comment on prépare le gefilte fish, comment couper convenablement les pâtes et donner à un homme de nombreux enfants. »

A 15 ans, son père veut la marier de force, mais elle refuse, et tient même tête aux nombreux clients qui lui demandent sa main dans le magasin où elle travaille. Malheureusement un de ses clients, l’emmène dans une chambre d’hôtel, la fait boire, et la viole.

Dans sa biographie, elle dit être sidérée par cette expérience et « choquée de découvrir que la rencontre physique d’un homme et d’une femme pouvait être aussi brutale et douloureuse. » Après cette rencontre, elle décrit ses relations avec les hommes en ces termes :

« Ils exerçaient encore sur moi un attrait puissant, mais souvent contredit par un violent mouvement de répulsion et je ne supportais pas qu’ils me touchent. »

Malgré le fait qu’elle ne puisse pas reprendre les cours, elle poursuit son éducation en autodidacte, dans une Russie agitée à l’époque : le tsar s’est fait assassiné par des nihilistes , et elle lit à l’époque Que de Nikolai Tchernychevski, et se projettera dans le personnage de Vera, jeune nihiliste qui fuit une famille répressive pour vivre libre en travaillant comme couturière dans une coopérative, et c’est à cette &poque qu’elle commence à lier des liens avec les étudiants anarchistes de Saint Pétersbourg

Durant l’année 1885, elle rejoint sa sœur dans l’état de New York, et travaille comme couturière, fabriquant de manteaux pendant plus de 10h ar jour pour deux dollars et demi par semaine. En travaillant dans son entreprise, plus tard dans le Connecticut, elle fera la connaissance de roupes d’anarchistes et de socialistes avec lesquels elle se lit. Lorsque fin 1886, elle se voit refuser une augmentation, elle part travailler dans une boutique de la ville.

C’est à ce moment qu’elle rencontre Jacob Kershner, un collègue, avec qui elle partage le gout des livres, de la danse et des voyages ainsi que le fait de détester le travail à l’usine, avec lequel elle se mariera en 1887, mais ils divorcent en 1888 parce qu’il est impuissant.

Avec 5 dollars et sa machine à coudre, elle part pour New York, et s’engage de plus en plus dans les mouvements sociaux. Grace aux manifestations et au massacre de Haymarket Square à Chicago le 3 mai 1886, et la répression violente des syndicats, elle se rapproche du courant antiautoritaire

En 1887, elle obtient la nationalité américaine, et à New York, elle rencontre deux hommes qui vont avoir une importance prépondérante sur sa vie. Au Sach’s Café, elle est présentée à Alexandre Berkman, un anarchiste qui l’invite à une conférence de Johann Most, fondateur de Die Freiheit, partisan de la propaganda par le fait (c’est à dire de la violence pour provoquer le changement comme la Boston Tea Party, un siècle plus tôt)
Elle est impressionnée par le discours enflammé de Most, et il la prit sous son aile, et l’encouragea notamment à commencer à prendre la parole en public et à faire des discours. Une des premières fois où elle prend la parole en public, c’est à Rochester, et elle décrit son expérience ainsi :
« Quelque chose d’étrange se produisit. En un éclair, je les ai vus – tous les incidents de mes trois années passées à Rochester : l’usine Garson, ses corvées et ses humiliations, l’échec de mon mariage, le crime de Chicago… Je commençais à parler. Des mots que je ne m’étais jamais entendu prononcer auparavant sont venus jaillir abondamment, de plus en plus vite. Ils sont venus avec une intensité passionnée… Le public avait disparu, le hall lui-même avait disparu; j’étais seulement consciente de mes propres mots, de mon chant extatique. »

Cette expérience la ravira, et elle continua à prendre la parole de nombreuses fois, jusqu’au moment où elle se rend compte qu’elle souhaite parler de sa propre voix et ne plus être un perroquet de Most, elle finit donc par quitter Die Freiheit, et rejoindra Die Autonomie, une autre publication.

C’est à ce moment qu’elle commence à être amie avec Berkman, puis amants, et habitèrent ensemble un moment, dans un appartement communautaire dans l’Illinois. Même si leur relation périclite vite, ils restent ami.e.s tout au long de leur vie, unis par leurs idées anarchistes et leurs combats pour l’égalité individuelle.

En juin 1892, après quelques jours de grève dans une usine sidérurgique de Homestead dans la banlieue de Pittsburgh en Pennsylvanie, les négociations sont rompus entre la direction de la Carnegie Steel Company, et le syndicat. Le directeur de l’usine, Henry Clay Frick est un violent opposant du syndicalisme. Il fait engager des briseurs de grève, protégés par des agents armés. Le 6 juillet, un affrontement oppose 300 agents armés contre des travailleurs, après douze heures de fusillades, neuf grévistes sont tués.

Après cet affrontement, Goldman et Berkman décident de tuer Henry Clay Frick, afin d’instiller la peur dans les rangs du patronat et d’encourager les travailleurs à se révolter contre le système capitaliste.

Tandis que Berkman s’occupera de tuer Clay, Goldman doit se faire arrêter et expliquer leurs motivations.

D’abord ayant voulu fabriquer une bombe, Berkman va à Pittsburgh pour acheter un costume et une arme.
Goldman essaie de participer aux frais du projet en se prostituant, en ayant en tête le personnage de Sonia dans Crime et Châtiment de Dostoïevski. Elle tente sa chance, mais le client qui lui paye une bière et lui donne 10 dollars lui conseille d’arrêter la prostitution car elle ,n’a pas le coup. Elle finira par demander de l’argent à sa sœur prétextant être malade.

Le 23 juillet, il se rend dans le bureau de Frick, et lui tire trois fois dessus, et le poignarde à la jambe. Battu par un groupe de travailleurs, il est arrêté, et condamné à 22 ans de prison pour tentative d’assassinat.
Contrairement à ce qu’ils pensaient, les anarchistes comme les syndicats condamnent l’action, et Johann Most, se désolidarisent d’eux, et ne leur adressent plus la parole.

Pendant la grande crise de 1893, lors d’une des « marches de la faim » organisé alors que le taux de chômage avoisine les 20%, elle prend la parole devant 3000 chomeur.se.s et dira cette phrase célèbre « Demandez du travail, s’ils ne vous donnent pas de travail, demandez du pain, s’ils ne vous donnent ni du pain ni du travail, prenez le pain ». Phrase qui est une bonne synthèse du principe d’expropriation préconisé par bon nombre de communistes libertaires dont Kropotkine.

Plus tard, elle est arrêtée à Philadelphie pour « incitation à l’émeute », puis extradée vers l’état de New York. En prison, la police lui propose de devenir indic pour éviter la prison, mais elle refuse. S’ensuit un faux procès, basé sur de fausses accusations, d’un policier censé avoir assisté aux réunions de Goldman, mais des experts viennent témoigner que l’écriture sur les rapports est beaucoup trop régulière pour avoir être prise debout, et des témoins de dire qu’il y avait beaucoup trop de gens pour avoir pu prendre des notes en étant assis.

Malgré tout, elle sera condamnée à un an d’emprisonnement au pénitencier de Blackwell’s Island, et développera pendant son séjour un vif intérêt pour l’éducation des enfants, cause qui deviendra son principal fer de lance après sa sortie de prison.

A sa sortie de prison en 1895, elle se lance dans une tournée de conférences en Europe et aux Etats Unis

Mais elle est de nouveau arrêtée le 10 septembre 1901, car elle aurait participée à un complot afin d’assassiner le président de l’époque, McKinley. En effet, un homme du nom de Leon Czolgosz, se réclamant anarchiste, sans faire partie d’aucun groupe libertaire, et qui prétend s’être inspiré d’elle a tiré sur le président quelques jours plus tôt.

En 1903, une loi contre les anarchistes est votée par le Congrès de Washington, mais cela ne l’empêche pas de publier une nouvelle revue Mother Earth, et son premier livre Anarchism and Other Essays en 1910

En 1907, elle participe au Congrès anarchiste international d’Amsterdam, au cours duquel elle rencontre des délégués de 14 pays.

Elle sera également impliquée dans la campagne de libération de deux anarchistes, Nicola Sacco et Bartolomeo Vanzetti, jusqu’à leur exécution en aout 1927

Les femmes anarchistes étaient relativement peu nombreuses, donc c’est pour ça que j’ai voulue vous parler d’elle. Parce que si anarchiste, elle était également féministe libertaire, et défendait des idées en avance sur son temps : elle prônait la contraception libre, l’égalité hommes/femmes, et l’union libre, et dénonçait l’organisation patriarcale de la société, ainsi que le mariage  dont elle dit que « c’est premièrement un arrangement économique… [la femme] le paie avec son nom, sa vie privée, son estime de soi, toute sa vie ».
Elle va également être critique de « l’instinct de propriété du mâle », même parmi ses camarades révolutionnaires, « dans son égocentrisme, l’homme ne supportait pas qu’il y eut d’autres divinités que lui », une analyse qu’elle développe dans La Tragédie de l’émancipation féminine.

Elle s’opposera toute sa vie aux concepts traditionels de famille, d’éducation et de rapports de genre

En 1895, elle va se former au métier d’infirmière sage-femme, et sera une des pionnières du combat du contrôle des naissances. Pour elle, les femmes ( qui à l’époque ont cinq et douze enfants) doivent se libérer de l’esclavage de la maternité, et elles doivent devenir maitresses de leur sexualité, en utilisant la contraception, seul moyen selon elle d’être des citoyennes à part entière et de remettre en cause la domination patriarcale du monde

En 1911, elle participera à la création des Ecoles modernes, avec Harry Kelly, Voltarine de Cleyre et Alexandre Berkman. Des écoles qui sont censés donner des cours qui « contribuèrent à créer un esprit de liberté dans les classes d’art tel qu’il n’en existait probablement nulle part à New York à cette époque ».

En février 1916, elle est arrêtée pour avoir distribué des tracts en faveur de la contraception, et finit par s’attendre à être arretée à chaque fois qu’elle prend la parole ( et aura toujours un livre sur elle)

En février 1915, en pleine Première Guerre Mondiale, elle signe le manifeste « L’Internationale Anarchiste et la Guerre », puis en 1916, elle s’oppose avec d’autres penseurs libertaires au Manifeste des Seize, écrit par Kropotkine et Jean Grave, qui prend parti pour la camp des Alliés et contre l’agression allemande.

Elle militera également contre le système de conscription, en s’engageant notamment dans la No Conscription League, qui organise des réunions antimilitaristes.

Elle est incarcérée une troisième fois en 1917 pendant deux ans, puis est expulsée vers la Russie en décembre 1919, en perdant sa nationalité américaine.

Cet exil forcé lui permet d’être témoin et actrice directe de la révolution russe

Quand elle arrive en Russie, elle souhaite soutenir les bolcheviks, malgré le conflit historique entre libertaires et communistes étatiques, héritier du conflit entre Bakounine et Marx.

Mais c’est une réalité bien différente qui l’attend : à Petrograd, elle est choquée d’entre un haut responsable du parti bolchevik traiter la liberté d’expression de « superstition bourgeoise » Avec Berkman, elle voyage à travers le pays, et croise Gorki et Kropotkine. Mais elle découvre surtout la répression, la corruption et la mauvaise gestion, à la place de l’égalité et de l’autogestion par les travailleurs dont elle a toujours rêvé. Toute personne qui oserait critiquer le pouvoir est taxé de « contre révolutionnaire » et les ouvriers travaillent dans des conditions désastreuses.
Elle rencontre Lénine, qui lui pense qu' » il ne peut y avoir la liberté d’expression dans une période révolutionnaire « . Elle finira par s’opposer fermement à l’autoritarisme du régime.

Lors des funérailles de Kropotkine en février 1921, dernière manifestation de masse du mouvement libertaire en URSS, elle prendra la parole, devant 20 000 moscovites, qui portent des banderoles :

« Là où il y a autorité, il ne peut y avoir de liberté »
« La libération de la classe ouvrière, c’est la tâche des travailleurs eux-mêmes»

Toujours en février, des grèves se mettent en place à Petrograd, et des travailleurs manifestent pour de meilleures rations alimentaires et plus de libertés. Elle et Berkman soutiennent les grévistes :  » Garder le silence est maintenant impossible, même criminel. »

Le 26 février, les équipages de deux cuirassés tiennent une assemblée qui décide l’envoi d’une délégation à Petrograd, puis le 1er mars, les marins de la flotte de Baltique, envoient une liste de 15 résolutions au gouvernement bolchevik :

« Ayant entendu les représentants des équipages délégués par l’Assemblée générale des bâtiments pour se rendre compte de la situation à Petrograd, les matelots décident : […] D’exiger la liberté de parole et de la presse pour les ouvriers et les paysans, les anarchistes et les partis socialistes de gauche […] D’exiger la liberté de réunion et la liberté des organisations syndicales et des organisations paysannes […] De libérer tous les prisonniers politiques des partis socialistes, ainsi que tous les ouvriers et paysans, soldats rouges et marins emprisonnés […] Désigner une commission de révision des dossiers des détenus dans les prisons et dans les camps de concentration […] Égaliser les rations alimentaires de tous les travailleurs, sauf ceux qui sont sur des postes insalubres ou dangereux. »

Le 5 mars, deux jours avant le bombardement de Kronstadt, Goldman est à la tete d’une délégation anarchiste qui se veut médiatrice entre le comité révolutionnaire provisoire de Petrichenko et le pouvoir soviétique. Mais cela sera inutile ; l’insurrection est écrasée par l’Armée Rouge le 17.

Elle quitte finalement l’URSS en décembre 1921, dégoutée par l’écrasement de la commune de Kronstadt, la répression des anarcho syndicalistes et des anti autoritaires, la dictature et la bureaucratie

Elle écrira une série d’articles pour le New York World, de Pulitzer, qui seront rassemblés dans un livre My Dillusionment in Russia en 1923, suivie de My Further Disillusionment in Russia, dans lesquels elle dénonce la dictature du parti, étouffant tout contestataire avec sa brutalité organisée.

Son séjour en URSS lui a au moins permis de changer ses positions quant à l’usage de la violence dans les luttes sociales : ayant été témoin de la répression brutale et violente des grévistes et des opposants politiques, elle rejette l’usage de la violence, excepté l’autodéfense.

Après son départ de l’URSS, elle séjourne à Riga, Stockholm, puis Berlin, mais finit par se fixer en Angleterre en septembre 1924, encouragée par le gouvernement travailliste. Toutefois, elle est boycottée par toute la gauche, car elle ferait le jeu de la droite en critiquant ouvertement les méthodes dictatoriales en URSS, mais elle finit par obtenir la nationalité britannique en 1925.

A partir de 1928, elle rédige à Saint Tropez son autobiographie Living my Life, avec l’aide de Berkman. Malgré sa volonté de faire publier son livre en un seul volume et à un prix abordable, son éditeur Alfred A Knopf le publie en deux volumes à 7,50 dollars en 1931. Le livre se vend donc peu, même si elle bénéficie de critiques élogieuses de la part du New York Times, du New Yorker et du Saturday Review of Literature.

En février 1934, elle revient à New York, et l’accueil de la presse est positif, sauf dans les publications communistes, mais ca ne l’empeche pas de reprendre sa tournée de conférences et d’interviews.

Comme son titre de séjour expire en mai 1934, elle rejoint Toronto, et continue à publier dans la presse américaine.

En juin 1936, elle se rend à Nice car elle a reçu un appel de détresse de Berkman. Elle le retrouve paralysé à cause d’une tentative de suicide, et il meurt le lendemain, le 27 juin 1936.

En Espagne, des militaires nationaistes déclenchent un coup d’état contre le gouvernement, ainsi débute la guerre civile. En Catalogne, une véritable révolution sociale s’opére grace au mouvement anarcho syndicaliste, en même temps que des combats contre les franquistes

Emma Goldman est invitée à Barcelone par la Confédération nationale du travail et fédération anarchiste ibérique, et pour la première fois de sa vie, elle se retrouve dans une communauté auto gérée, vivant selon des principes pour lesquels elle s’est toujours battue.

Elle se rend ensuite dans la province de Huesca, ou elle visite des fermes et des entreprises collectivisées. De sa visite, elle dira : « Votre révolution va détruire pour toujours [l’idée] que le projet anarchiste signifie le chaos » et de rajouter « Le travail constructif entrepris par la CNT et la FAI constitue une réalisation inimaginable aux yeux du régime bolchevique, et la collectivisation des terres et des usines en Espagne représente la plus grande réussite de toutes les périodes révolutionnaires. De plus, même si Franco gagne et que les anarchistes espagnols sont exterminés, le travail qu’ils ont commencé continuera à vivre. »

Elle partagera ensuite le quotidien des miliciens dans une Madrid assiégée, et en octobre 1936, elle rencontre Buenaventura Durruti, et écrira un vibrant hommage après sa mort : Durruti is dead, yet living.

Elle choisit de quitter l’Espagne en novembre 1936, car elle se sent limitée par son incapacité à parler espagnol. Elle commence une tournée de conférences en Grande Bretagne et aux Etats Unis, ou elle donne des interviews pour communiquer son enthousiasme concernant les évènements en Espagne.

Toutefois, après l’entrée des anarcho syndicalistes de la CNT-FAI dans le gouvernement de coalition dominé par les communistes, elle commence à être plus critique : pour elle, collaborer avec les communistes c’est  » un déni pour nos camarades morts dans les camps de concentration de Staline », et dénonce également les concessions faites aux communistes sous couvert de lutte anti fasciste.

En novembre 1936, de plus en plus convaincue que son incapacité à parler espagnol limite son activité, elle décide de faire une tournée de conférences en Grande-Bretagne ou aux États-Unis, où elle sera plus utile, donnant des interviews où elle communique son enthousiasme pour les événements en cours en Espagne. Elle retourne à Londres en tant que représentante officielle de la CNT-FAI. Elle reviendra en Espagne à plusieurs reprises jusqu’en 1938.

En octobre 1937, elle est désignée par Mariano Rodriguez Vazquez, secrétaire général de la CNT-FAI, comme représentante à Londres de Solidarité Internationale Antifasciste

En 1938, elle va à Amsterdam pour mettre de l’ordre dans ses archives et celles de Berkman à l’Institut international d’histoire sociale, puis revient au Canada en 1939, et donnera cinq conférences à Winnipeg, évoquant le pacte germano-soviétique, et une conférence nommé Les Juifs dans la littérature en Angleterre jusqu’à la fin du XIXe siècle.

Elle décède le 14 mai 1940, après avoir fait un accident vasculaire cérébral, quelques mois auparavant, qui la laissait paralysée du côté droit, et l’a rendue incapable de parler.

Ce qui me parle le plus chez elle, c’est ses engagements féministes, qui de son vivant étaient peu à la mode chez les gauchistes, comme ses actions en faveur d’un libre accès à la contraception, contre le mariage, contre le patriarcat, ou pour l’homosexualité. Tous ses combats, notamment anti capitalistes, anti militaristes ( une conviction qui me suit depuis mes années lycée), la lutte violente (même si à la fin de sa vie, elle était seulement en faveur de l’auto-défense).

Je vous conseille de lire sa biographie Living my life, lisibles en français et en anglais, mais aussi ses écrits notamment féministes comme Marriage and Love ou, et ses livres autour de son séjour en URSS My Disillusionment in Russia.

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