Systèmes de communication utilisés par les queers à travers les âges et le monde

Cet article a été écrit par Raphael Chaix, qui se trouve être mon frère jumeau, titulaire d’une licence en Sciences du langage et une Maitrise de FLE

En lisant A Pink History de Kate CHARLESWORTH avec ma sœur jumelle lors d’une après-midi froide d’automne, je suis tombé sur le terme « palare », et vous savez (ou peut être pas) ma passion pour la linguistique. Ce terme a donc éveillé ma curiosité, elle le définit comme «  un ensemble de mots dérivés du yiddish, du roumain et du verlan anglais de la marine, du cirque, du théâtre et du champ de foire » (Charlesworth,2021) qui était utilisé en présence d’étranger.e.s hostile.s ou de flic.s en civil. Cette fabuleuse découverte a rallumé la flamme qui me brûlait il y a une petite dizaine d’années pour le monde incroyable de la linguistique. J’ai donc voulu en apprendre plus sur cette langue, ici « Système de signes vocaux et/ou signés, éventuellement graphiques, propre à une communauté d’individus, qui l’utilisent pour s’exprimer et communiquer entre eux » (Définitions : langue – Dictionnaire de français Larousse, s. d.).Ces recherches n’était qu’une infime partie d’un système, dont je n’avais aucune idées. L’idée de cette article, n’est pas de vous présenter une liste exhaustive de ces systèmes de communications, mais plutôt de vous en donner un aperçu pour vous renseigner, pour vous essayer de vous donner envie de vous y intéresser et vous donner envie d’en apprendre plus par vous-même.

Mon article s’étendra de l’Angleterre au Brésil en passant par la Grèce et l’Afrique du Sud

.

1.L’Angleterre

Le polari, au XVIIIe siècle, est parlé dans les pubs et sur les docks de Londres, il est également attesté au XIXe siècle à West End, le quartier londonien des théâtres et du divertissement. On retrouve des traces de polari dans les années 1950 et 1960, il est en effet, employé en Angleterre par les populations homosexuelles pour s’identifier, notamment en utilisant des mots de polari épars au fil des conversations, ou pour discuter de façon dissimulée. Le polari se fait connaître du grand public dans les années 1960 avec les personnages de Julian et Sandy, deux hommes homosexuels (interprétés par Kenneth Williams et Hugh Paddick) de la série Round the Horne de la BBC.

L’utilisation du polari décline à partir de 1970, avec la décriminalisation de l’homosexualité en 1967 grâce à la Sexual Offences Act 1967. Ainsi, le besoin de discrétion des homosexuels devient moins fort, tandis que le polari est jugé stéréotypé en tant que partie intégrante du camp. Néanmoins, les marins continuent à l’utiliser jusque dans les années 1980.

De nos jours, le polari est peu utilisé, mais il a connu quelques initiatives de recherche et de sauvegarde dans les années 2010, comme en 2012 avec Polari Mission, un projet de dictionnaire et de cours, et une traduction de la Bible ; ou le court-métrage Putting on the Dish de Brian Fairbairn et Karl Eccleston, sorti en 2015 et dont les dialogues sont exclusivement en polari. En 2016, la chanson Girl loves me de David Bowie (sur l’album Blackstar) comporte aussi des paroles en polari ; en 2017 est organisé à Cambridge dans le cadre du mois de l’histoire LGBT un service religieux en Polari. Sans surprise, l’église anglicane publie ensuite un communiqué réprouvant l’initiative.

Le polari ne dispose pas de grammaire propre, et se compose plutôt d’un vocabulaire de mots d’emprunt dotés de nouveaux sens Ces termes proviennent notamment du Yiddish (ייִדיש /ˈjɪdɪʃ/ ou /ˈjiːdɪʃ/), une langue germanique dérivée du haut allemand, avec un apport de vocabulaire hébreu et slave, qui a servi de langue vernaculaire aux communautés juives d’Europe centrale et orientale (ashkénazes) à partir du Moyen Âge) ou du cockney ( langue parlée par les personnes vivant dans l’est de Londres), de la Lingua Franca,(langue auxiliaire de relation utilisée par des groupes ayant des langues maternelles différentes) ainsi que des lexiques de l’armée de l’air américaine ou des consommateurs de drogue. D’autres mots sont apparus en prenant en compte des jeux de rythmes et de rimes (comme pour le cockney), ou en inversant des syllabes.


2. Le Pajubá

Le Pajubá (les personnes portugaises le prononce : [paʒuˈba]) est un cryptolecte1, brésilien qui introduit de nombreux mots et expressions de langues d’Afrique de l’Ouest dans la langue portugaise. Elle est parlée par certain.e.s pratiquant.e.s de certaines religions africaines brésiliennes comme la religion Candomblé et Umbanda, et aussi par la communauté LGBT brésilienne. Cette langue utilise des mots des langues Umbundu, Kimbundo, Kikongo, Egbá, Ewe, Fon et Yoruba. Les locuteurs de cette langue ont emprunté des mots ou expressions des langues espagnoles, françaises ou encore anglaises. De plus, ils utilisent des mots portugais dont les locuteur.rice.s ont changé le sens.

Il est aussi souvent décrit comme « le parler dans la langue des saints », très utilisé par les « saint people » (prêtres des religions africaines) quand on veut dire quelque chose pour que les autres ne puissent pas comprendre.

Dans la communauté « travesti » (nom donné au travesti brésilienne), le Pajubá est généralement accompagné d’un langage corporel exagérément « queer », faisant partie d’une esthétique appelée fexação (lit. « fermeture », à peu près analogue à « flamboyant » en anglais) destinée à anéantir les attentes de la société pour dissimuler ou minimiser son identité LGBT. Dans la communauté candomblé et dans la communauté LGBT, le mot pajubá ou bajubá signifie « commérages », « nouvelles » ou « mise à jour », faisant référence à d’autres groupes ou événements liés se produisant (à la fois de bonnes et de mauvaises choses) dans ces cercles. Le Pajubá a commencé à être utilisé par la communauté LGBT pendant la période du gouvernement militaire du Brésil (1964-1985) comme moyen de faire face à la répression policière et d’induire en erreur ce que les gens pouvaient comprendre de ce qu’ils avaient entendu. La langue s’est créée spontanément dans les régions à plus forte présence africaine au Brésil, comme l’Umbanda et le Candomblé « terreiros » (lieux religieux), et le dialecte contient de nombreux africanismes. Cette langue a ensuite été adopté comme code entre les travestis, femmes trans putes et plus tard entre toutes les communautés et sympathisants LGBT.En novembre 2018, une question mentionnant la langue Pajubá a été incluse dans l’examen national du lycée.


3. Le cas de l’Afrique du Sud

a) Gayle, privilégié par la communauté homosexuelle blanche

Le gayle est «un argot; un ensemble de termes, principalement des noms de femme, pour remplacer en tant que synonyme des mots de l’anglais ou de l’afrikaans »,Cage (2003, 1), Cette langue n’a pas de syntaxe ou de phonologie propre, mais est dépendante de la langue au sein de laquelle il est mobilisé.
Il représente un outil grâce auquel les homosexuels peuvent se reconnaître et s’identifier entre eux.
Le gayle est également utilisé comme une technique de révélation puisque son usage permet aux locuteurs gays de signaler de manière subtile leur sexualité ou peuvent les aider lorsqu’ils tentent de découvrir la sexualité d’une autre personne.

Selon lui, la dimension secrète n’est plus nécessaire dans le contexte contemporain (2003, 35).

Il affirme cependant que les hommes homosexuels utilisent encore le gayle pour transmettre des informations secrètes, mais qu’il est couramment utilisé pour prononcer quelque chose de « bitchy » à propos d’une autre personne ou pour commérer et potiner.

En 1995, Gerrit Olivier décrit l’existence d’un lexique utilisé par les homosexuels. Il explique que celui-ci se base principalement sur l’utilisation de noms féminins ou de mots individuels auxquels on attribue de nouvelles significations dans des contextes particuliers de manière à transmettre un message codé et gai (Olivier 1995, 219). Il rejette de le définir comme un sociolecte ou une langue ce qui impliquerait une certaine homogénéité dans la communauté. Le « vernaculaire gay », comme il l’identifie, donne à la communauté de locuteurs un sentiment de solidarité et d’unité et permet aux membres de ce groupe de s’identifier les uns aux autres par le biais d’un code exclusif et mutuellement compris (Olivier 1995, 223). À partir de son expérience, il reconnaît que son usage est davantage fréquent au sein de la communauté des personnes coloured2. Olivier (1995, 224) ajoute que l’utilisation de pronoms et une nomenclature féminines se retrouvent dans le spectre linguistique des hommes gays: «on pourrait y voir une affirmation ludique par les hommes homosexuels de leur identité féminine. Cela peut également indiquer que l’attitude sociale et le jeu de rôle des hommes homosexuels sont encore conceptualisés en référence à des modèles hétérosexuels».

Selon cet auteur, le gayle est un type de langage qui a été créé pour répondre à certains besoins de communication des homosexuels dans un contexte historique et sociopolitique particulier.

Dans son projet de maîtrise, Kathryn Luyt (2014) explore les attitudes envers le gayle et les connaissances du lexique d’un vaste nombre de participants, dans le but d’offrir une mise à jour des travaux de Cage, paru plus d’une décennie plus tôt. Dans son analyse, elle note que le gayle n’est plus seulement parlé par des hommes gays blancs et des personnes coloured, mais par un groupe intégré de personnes qui ne sont pas nécessairement homosexuel (2014, 32).

Elle remarque aussi l’aspect litigieux du lexique, certains craignent qu’il représente une source de marginalisation supplémentaire (2014, 9).

Luyt vise également à documenter si les termes les plus populaires dans le dictionnaire de Cage datant de 1999 sont toujours en usage au moment où elle effectue sa recherche : certains demeurent et d’autres ont changé ou sont passé à l’oubli.

Bien que cela n’ait peut-être pas été intentionnel, les écrits précédents sur le gayle ont effacé la communauté des personnes coloured de leurs études. En revanche, Tasneem Plato (2017) dans son travail pour l’obtention du grade de Honours en linguistique appliquée rectifie le tir en s’intéressant aux locuteurs de cette communauté. Elle définit le gayle dans la même lignée que Cage (2003) à savoir comme une anti-langue, mais elle y ajoute une dimension inspirée des théories queer. À ce sujet, elle l’identifie comme une forme linguistique de performance identitaire qui aide les locuteurs à formuler et construire qui ils sont ainsi que la manière dont ceux-ci désirent se représenter socialement et culturellement (Plato 2017, 42). De plus, ses autres constats concordent avec les conclusions de Cage (2003) et de (Luyt 2014), puisqu’elle soutient également que l’appartenance au groupe et la solidarité sont des fonctions importantes du gayle. Elle remarque toutefois des attitudes contradictoires à propos de l’autorité autour du gayle et de qui peut l’utiliser (2017, 40), dans un contexte où de plus en plus de personnes hétérosexuelles commencent à le comprendre et à l’incorporer à leur vocabulaire.

Le second courant qui étudie le gayle se détache des travaux de Cage et critique son approche.

Ainsi, dans son article de 2009, Tracey Lee McCormick (2009) soutient que le dictionnaire de Cage (2003) suppose que tous les homosexuels en Afrique du Sud connaissent les éléments lexicaux dont il parle et que du même coup il fait la promotion de l’existence d’une identité homosexuelle stable, biologique et homogène. Thèse, qu’elle réfute (2009, 154). Elle estime que le gayle « n’est pas du tout une langue unique, mais une collection d’éléments lexicaux décontextualisés qui pourraient être utilisés par certaines personnes homosexuelles dans certains contextes, mais pourraient également être un ensemble de ressources linguistiques accessibles à tous, quelle que soit leur orientation sexuelle» (2009, 154). Ainsi, elle souhaite passer d’une vision essentialiste de l’identité gay à une notion d’identité fluide et imprévisible. McCormick suggère que c’est cette approche flexible de la performance qui permet au gayle, en tant que pratique linguistique, de circuler au sein de plusieurs espaces pour maintenir sa pertinence. Elle critique également la compilation d’un dictionnaire qui vient à contresens de l’ancrage camp que donne Cage au gayle (2009, 154).

b) isiNgqumo, parlé par la communauté noire.

IsiNgqumo, or IsiGqumo,[1] (littéralement « décisions » dans la langue) est une langue utilisée par les homosexuels d’Afrique du Sud et du Zimbabwe qui parle des langues de la familles Bantu, en opposition au Gayle, une langue utilisée par les homosexuels d’Afrique du Sud qui parle des langues germaniques. Le IsiNgqumo s’est développé pendant les années 80. Contrairement au gayle, l’IsiNgqumo n’a pas été beaucoup documenté ou le thème de beaucoup de recherches universitaires. Etonnant, non ?

L’IsiNgqumo est souvent considéré comme une invention occidentale par les personnes natives du Zimbabwe mais c’était en fait une création de personnes natives homosexuelles, un groupe conscient de lui-même depuis peu.

L’IsiNgqumo est une langue principalement parlée par les homosexuels zoulous dans la grande région de Durban, en Afrique du Sud. Le répertoire lexical n’emprunte pas ou peu d’éléments à l’anglais, mais comporte en grande majorité des termes dérivés d’une version antérieure ou historique de l’isiZulu, une forme associée à une interprétation traditionnelle de la culture zouloue. Son utilisation est majoritairement associée aux skesanas, un terme péjoratif faisant référence aux hommes gays passifs , efféminé et visiblement « out ». Rudwick explique le phénomène en détail :

« La langue IsiNgqumo est bi-culturelle; elle est le résultat de la fusion entre la « culture gay » et la « culture zouloue ». […]. Bien sûr, les éléments inhérents au zoulou sont interprétés de diverses manières par les locuteurs isiNgqumo, mais il existe des éléments constitutifs de la culture dite traditionnelle zouloue, comme la croyance en amadlozi [ancêtres] et les lois de respect, ukuhlonipha [respect ], qui jouent un rôle profondément significatif dans la vie de nos informateurs. La nature patriarcale traditionnelle de la culture zouloue, cependant, est réinterprétée d’une manière où les locuteurs isiNgqumo se positionnent au-delà des rôles et des relations de genre traditionnels, contre l’importance de la reproduction et conformément à un mode de vie gay qui intègre de nombreuses valeurs zouloues.» (Rudwick 2010, 127)

Si elle sert non seulement de mode de communication secret, elle est également porteuse d’une valeur sexuelle, politique et sociale importante (Rudwick et Ntuli 2008, 446). Son utilisation établit à la fois un sentiment de communauté et d’appartenance (2008, 447) en plus d’offrir une option d’interaction au sens caché pour l’oreille non initiée, mais aussi émancipatrice pour les locuteurs. Sa mobilisation est intimement liée à une culture gay, rurale et traditionnelle africaine et marque profondément l’identité de ceux qui l’utilisent. Pour les participants de l’étude (2008, 453), l’IsiNgqumo est véritablement « leur langue », ce qui montre une certaine appropriation, en plus d’être celle qui encapsulent le mieux qui ils sont et la manière dont ils se perçoivent. Au travers de leur utilisation linguistique, les locuteurs performent une identité de genre culturellement ancrée; les skesanas, par leur perpétuation d’une féminité « traditionnelle » zouloue, démontrent une soumission au partenaire masculin, au travers de l’usage de langue de respect des femmes ukuhlonipha sabafazi. Cela inclut notamment d’être au service de l’homme dans la maison et de performer une expression du genre basée sur une féminité culturellement spécifique (Msibi et Rudwick 2015, 61). Cette observation illustre de quelle façon l’hétéronormativité se taille une place et influence les comportements des hommes qui ont une attirance pour d’autres hommes et le rôle de langue au sein de ces actes (2015, 62).

Tels que documentés à une échelle plus grande, les hommes zoulous gay plus fortuné, urbain ou des classes plus aisés utilisent souvent l’anglais comme principale langue de communication (Rudwick 2010, 114). Cela ne veut toutefois pas dire que ces derniers ne font pas usage de la variété, mais plutôt que la mobilisation de celle-ci se fait en fonction du contexte. Comme c’est le cas avec beaucoup d’autres phénomènes semblables, il existe un certain prestige latent (traduction de covert prestige dans Brousseau 2011) associé à l’IsiNgqumo, un type de prestige symbolique perçu par les membres de la communauté linguistique et qui signale du même coup, une identité particulière selon le contexte (Rudwick 2010, 114). Son utilisation n’est pas limitée à une seule sphère sociale ou à une seule fonction, il peut très bien être parlé tant en privé qu’en public, à l’oral ou à l’écrit.

Dans leurs tentatives de définir le phénomène, bien que Rudwick et Ntuli (2008: 451) s’entendent pour dire que l’isiNgqumo est une variété linguistique de l’IsiZulu, ils affirment du même coup que ce terme ne parvient pas à rendre compte adéquatement de la complexité de la pratique. Entre autres, ce concept est trop neutre et dépourvu de distinction inhérente permettant d’apporter des précisions.

Cependant, il peut être abordé comme

  1. un sociolecte – une variété socialement marquée et distincte (Swann et al. 2004, 178) – , lorsqu’il est question de l’orientation sexuelle des locuteurs,
  2. comme un ethnolecte – une variété culturellement marquée – si l’on se concentre sur le fait que ce ne sont que des personnes noires zoulous qui l’utilisent ou encore
  3. comme une variété genrée (genderlect), puisque ce ne sont que les hommes qui la parle (Rudwick et Ntuli 2008, 451).

Ainsi, l’on devrait le considérer comme une variété sans toutefois ignorer l’articulation triangulaire de la pratique qui se retrouve à l’intersection de différentes catégories d’analyse.

Les auteurs empruntent donc un modèle similaire à celui de Youdell (2006, dans Msibi et Rudwick 2015, 57) qui ajoute une perspective intersectionnelle au travail de Butler pour affirmer que la performance des identités peut également reproduire le statu quo en même temps d’ouvrir le potentiel au changement. Bien que Youdell et Butler se concentrent tous deux à remettre en question une compréhension de l’identité, Msibi et Stephanie Rudwick (2015) suggèrent que leur théorisation peut s’étendre au-delà des catégories d’identités pour inclure plus largement les processus d’identification. Dans ce contexte, il n’est pas surprenant que les skesanas performent leurs identités sexuelle et de genre comme ils le font, car leurs interprétations identitaires s’appuient sur la répétition historique d’actes culturellement situés, forgeant ainsi leurs représentations sexuelle, raciale et de genre, dans un contexte national où le patriarcat domine encore fortement. Les aspects sociopolitique et ethnique ainsi que leur rôle fondamental dans les processus d’identification apparaissent presque plus importants que les propriétés linguistiques du phénomène. Enfin, puisque le contexte social est relativement homophobe et hostile, l’existence de l’isiNgqumo demeure cruciale et son emploi est loin d’être en déclin (Rudwick et Ntuli 2008, 447).

4) Swardspeak aux Philippines

Le Swardspeak (aussi connu sous le nom de gay speak ou « gay lingo ») est une langue derivée du Taglish (alternance codique3 entre le tagalog et l’anglais)et utilisé par beaucoup de personnes LGBT aux Philippines.

Le Swardspeak utilise des éléments du tagalog, anglais, espagnol, et aussi du Japonais et aussi certains noms de célébrités ou nom de marque en leur donnant de toute nouvelles significations. Ses locuteur.rice.s sont largement localisés au sein des communautés gays, utilisant des mots dérivés des langues locales, notamment cebuano, hiligaynon, kapampangan, pangasinan, waray et bicolano.

Un trait déterminant de l’argot swardspeak est qu’il identifie le plus souvent immédiatement le locuteur comme homosexuel, ce qui permet aux personnes de cette orientation de se reconnaître facilement. Cela crée un groupe exclusif parmi ses locuteurs et les aide à résister à l’assimilation culturelle. Plus récemment, même des non-membres de la communauté gay ont été connus pour utiliser cette façon de parler, par ex. membres hétérosexuels d’industries dominées par les homosexuels, comme les industries de la mode et du cinéma.
Swardspeak en tant que langue est en constante évolution, les anciennes phrases devenant obsolètes et de nouvelles phrases entrant fréquemment dans l’usage quotidien, reflétant les changements de leur culture et conservant également l’exclusivité. La nature dynamique de la langue refuse de se cimenter dans une culture unique et permet une plus grande liberté d’expression entre ses locuteurs. Des mots et des phrases peuvent être créés pour réagir aux tendances populaires et créer des alternatives à un mode de vie strictement défini. Par ces caractéristiques, swardspeak crée un groupe dissident sans aucun lien avec les restrictions géographiques, linguistiques ou culturelles, permettant à ses locuteurs de façonner la langue comme ils l’entendent, par rapport à l’époque actuelle. De cette façon, la langue est non seulement « mobile » et fait partie d’une communauté plus large, mais aussi ouverte à des significations et interprétations plus spécifiques ou locales.
Le mot « swardspeak », selon José Javier Reyes, a été inventé par le chroniqueur et critique de cinéma Nestor Torre dans les années 1970. Reyes lui-même a écrit un livre sur le sujet intitulé Swardspeak : A Preliminary Study.[6] « Sward » est un argot obsolète pour « homme gay » aux Philippines.
Le swardspeak est une forme d’argot qui repose sur des langues préexistantes. Il transforme ou crée délibérément des mots qui ressemblent à des mots d’autres langues, en particulier l’anglais, le japonais, le chinois, l’espagnol, le portugais, le français et l’allemand. Il est coloré, plein d’esprit et humoristique, avec des vocabulaires dérivés de la culture populaire et des variations régionales. Il est incompréhensible pour les personnes non familières avec la culture gay philippine ou qui ne connaissent pas les règles d’usage. Il n’existe pas d’ensemble de règles normalisées, mais des conventions.


Bibliographie

Charlesworth, K. (2021). A Pink Story. Casterman.

Collectif, C. (2002). Champ psychosomatique, numéro 26 / 2002 : Beauté du corps (Revue Champ psychosomatique). Esprit du Temps (L’).

Editions Les Grillages(2018). Code du bandana

La nouvelle question d’Orient (49) (HARMATTAN). (2004). L’HARMATTAN.

Ayouch, T. (2018). Du binaire au multiple : subjectivations de genre dans le Candomblé. Cliniques méditerranéennes, 97, 159-172. https://doi.org/10.3917/cm.097.0159

Magid, P. (2021, 16 mars). The Changing Nature of Lubunca, Turkey& # 39 ; s LGBTQ Slang. Atlas Obscura. https://www.atlasobscura.com/articles/lubunca-lgbtq-language-slang-turkey

Reporter, S. (2018, 2 novembre). Gayle, the language of laughter – and of safety. The Mail & Guardian. https://mg.co.za/article/2018-11-02-00-gayle-the-language-of-laughter-and-of-safety/

Thériault, T. S.-C. (s. d.). Le gayle dans la communauté queer et coloured de Cape Town : Idéologies linguistiques, performances et identités [Mémoire]. Université de Montréal.

Mduduzi Ntuli, P. (s. d.). IsiNgqumo : Exploring origins, growth and sociolinguistics of an Nguni urban-township homosexual subculture [Mémoire]. UNIVERSITY OF KWAZULU-NATAL.

IsiNgqumo. (2020, 17 octobre). World Queerstory. https://worldqueerstory.org/tag/isingqumo/

Williams, C. (2022, 17 mai). A guide to the gay hanky code and its unusual origins. Emen8. https://emen8.com.au/lifestyle/lgbt-people-and-culture/flagging-hanky-panky-gay-handkerchief-code-unusual-origins/

Andrews, Vincent (2010). The Leatherboy Handbook. The Nazca Plains Corp. ISBN 978-1-61098-046-3.

Stryker, Susan; Van Buskirk, Jim (1996). Gay by the Bay: A History of Queer Culture in the San Francisco Bay Area. San Francisco: Chronicle Books. p. 18. ISBN 0-8118-1187-5.

Townsend, Larry (1983). The Leatherman’s Handbook II. New York: Modernismo Publications. p. 26. ISBN 0-89237-010-6.

Jacques, Trevor H. (1993). On the Safe Edge: A Manual for SM Play. Toronto: Whole SM Publishing. ISBN 978-1-89585-705-4

Définitions : langue – Dictionnaire de français Larousse. (s. d.). https://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/langue/46180

1une langue parlée et comprise par seulement certains membres d’une population dans le but de communiquer entre eux en restant inintelligible pour l’extérieur du groupe

2Les Coloured est un terme d’origine anglaise qui désigne les populations d’ethnies mélangées, ni blanches ni noires, en Afrique du Sud, en Namibie, en Zambie, au Botswana et au Zimbabwe.

Avec près de 4,4 millions de personnes, les Coloured représentent près de 9 % de la population sud-africaine en 20091.

3Le code-switching (l’alternance codique) désigne le passage d’une langue à une autre dans une même conversation

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s