Paulette Nardal

Aujourd’hui, j’ai envie de vous parler de Paulette Nardal, né le 12 octobre 1896 à Saint Pierre en Martinique, et morte le 16 février 1985 à Fort de France. Elle a été une femme de lettres et une journaliste, militante de la cause noire, une des inspiratrices du courant littéraire de la négritude et la toute première femme noire à étudier à la Sorbonne.

Elle naît en Martinique en 1896, dans une famille de la nouvelle bourgeoisie noire de l’île. Son arrière grand mère est née esclave. Son père, Paul Nardal, est la première personne noire à décrocher une bourse pour étudier à l’Ecole des arts et métiers de Paris, et enseignera les maths et la physique, formant ainsi plusieurs générations d’ingénieurs martiniquais. Sa mère, Louise Achille est impliquée dans des sociétés mutualistes comme la Société des Dames de Saint-Louis, qui vient en aide aux femmes et à leurs enfants, mais aussi des personnes âgées.
Elle est l’aînée de sept sœurs, qui suivront toutes de longues études, et est élevée comme ses sœurs dans une culture « latine », étudiant l’histoire de l’art occidental, la musique et les humanités

Elle sera institutrice avant de décider à 24 ans de partir pour la France métropolitaine afin de suivre des études de lettres.

Elle s’inscrit à la Sorbonne pour étudier l’anglais, et elle et sa sœur Jeanne qui étudie la littérature, sont les premières étudiantes noires martiniquaises de la Sorbonne, à une époque où très peu de personnes noires, et encore moins des femmes avaient accès à cette institution. Elle y soutiendra une thèse autour d l’écrivaine abolitionniste américaine Harriett Beecher Stowe, qui a notamment écrit en 1852 La case de l’oncle Tom.

Etudiante à Paris, elle profite de la vie culturelle riche. Elle fréquentera notamment le Bal Nègre, un de ses seuls endroits où elle peut retrouver ses repères culturels. Elle assistera à des revues de Joséphine Baker, ou de la cantatrice Marian Anderson, ce qui va l’éveiller à la « conscience noire »

Elle tient également un salon littéraire dans son appartement à Clamart, elle essaie de mettre en relation les diasporas noires, parle d’émancipation des femmes, et pose les prémices de la théorie de la Négritude. Dans son salon littéraire, on pouvait croiser Léopold Senghor, Aimé Césaire, Jean Price Mars, Léon Gontran Damas ou René Maran.

En 1928, elle rejoint la Dépêche africaine, une revue panafricaniste.

Puis en 1931, elle fonde avec l’écrivain haïtien Léo Sajous, et l’écrivain guyanais René Maran, La Revue du Monde Noir, éditée en français et en anglais.
Son objectif est de « créer entre les Noirs du monde entier, sans distinction de nationalité, un lien intellectuel et moral qui leur permette de mieux se connaître, de s’aimer fraternellement, de défendre plus efficacement leurs intérêts collectifs et d’illustrer leur race.» 
Mais la revue cesse de paraître en 1932, après seulement six numéros à cause de contraintes financières.

D’autres écrivains comme Césaire ou Senghor vont reprendre le flambeau, en créant notamment la rue L’étudiant noir, mais sans jamais citer Nardal de quelque manière que ce soit.

A ce sujet, elle écrira : « Césaire et Senghor ont repris les idées que nous avons brandies et les ont exprimées avec beaucoup plus d’étincelles, nous n’étions que des femmes ! Nous avons balisé les pistes pour les hommes ».

Pendant cette période, elle est également secrétaire de Joseph Lagrosillière, un parlementaire martiniquais socialiste, puis de Galandou Diouf, élu député du Sénégal en 1934.

Elle se positionnera contre l’invasion de l’Éthiopie par l’Italie fasciste de Mussolini.

En 1939, alors qu’elle rentre de Martinique en bateau, un sous marin allemand torpille le navire et le coule. Elle est sauvée de la noyade, mais se brise les deux rotules. Elle passera 11 mois à l’hôpital, et restera handicapée jusqu’à la fin de ses jours. Elle retourne en Martinique pendant la période vichyste, et donne des cours d’anglais à des Martiniquais désireux de rejoindre la France libre, et ouvre un nouveau salon littéraire.

Elle crée le Rassemblement féminin en 1945, à la suite de l’ordonnance du 21 avril 1944 accordant le droit de vote aux femmes. Ce rassemblement a pour but de donner envie aux femmes martiniquaises de voter le 20 avril 1945.

Tandis que la Seconde Guerre mondiale touche à sa fin, elle part pour les Etats Unis et devient la secrétaire particulière de Ralph Bunche, militant pour les droits civiques. Il la fera rentrer à l’ONU, où elle a été un an et demi déléguée à la section des territoires autonomes.

Elle retourne ensuite en Martinique, où elle fonde la chorale « Joie de chanter » avec sa sœur Alice, tout en poursuivant son activité militante en faveur de la promotion de l’histoire, de la littérature, de la culture et des droits des femmes.

En 1956, un inconnu jette une torche enflammée à travers une fenêtre de sa maison, sa famille la convainc d’arrêter toute activité militante de peur pour sa vie.

Elle rédige ensuite un historique de la tradition musicale des campagnes martiniquaises.

Elle est faite Officier des Palmes académiques et Chevalier de la Légion d’honneur, et Commandeur de l’Ordre national de la République du Sénégal,

Elle décède le 16 février 1985, mais restera cette femme de lettres et militante politique, pionnière de la cause noire, qui répétait sa fierté d’être noire : « Black is beautiful »

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