La pornographie queer et féministe #8

Après sept articles sur la pornographie queer et féministe, voici enfin le 8e volet (si vous n’avez pas lu les précédents, vous pouvez les lire ici : 1, 2, 3, 4, 5, 6 et 7.

Je vais commencer ce huitième épisode, en vous parlant d’abord de Juliet Anderson. Née Judith Carr, née le 23 juillet 1938 et morte le 11 janvier 2010, c’était une actrice pornographique et productrice de films pour adultes américaine, mais elle était également conseillère conjugale et autrice.
Elle nait et grandit à Burbank, Californie, fille d’un trompettiste de jazz, et d’une infirmière. Enfant, elle est atteinte d’arthrose infantile et de la maladie de Crohn, et passe une bonne partie de son enfance à l’hôpital ou chez elle. Elle sort diplômée du lycée, et va brièvement au Long Beach State College, mais part au Japon avec son partenaire de l’époque. Ils se marient en 1961, mais divorcent en 1964, et pendant treize ans, elle occupe des postes aussi divers que travailleuse laïque, ATSEM, professeur d’anglais, ou encore journaliste radio en Finlande.

En 1963, alors qu’elle vit à Miami, et travaille comme secrétaire pour un réalisateur de films érotiques et comme réceptionniste au siège de Burger King, elle tourne dans son premier film de sexploitation, mais sans y être crédité. Au cours de sa carrière, elle adoptera des tas de noms, mais se fixera sur Juliet Anderson quand elle passera des films 8mm à des films avec de plus gros moyens.

Elle entre dans le porno relativement tard, à l’âge de 39 ans, et devient une de premières performeuse de « l’Age d’or du porno », apparaissant dans plus de 70 films, parfois en tant que Tante Peg, un rôle de femme insatiable, qui veut prendre son pied comme jamais.

En 1987, elle commence une nouvelle carrière de conseillère conjugale et de masseuse, avant de revenir au porno dans le milieu des années 90

Après avoir vécue en Finalnde de 1971 à 1977, et avoir travaillé comme journaliste radio et enseignante d’anglais, elle retourne vivre aux Etats Unis en 1977, et commence sa carrière dans le porno en 1978. Elle travaillait dans la pub quand elle a répondue à une annonce du producteur de porno hardcore Alex de Renzy. Et sa carrière décolla quand elle joua dans Pretty Peaches.

Elle apparaît dans plusieurs magazines porno, ouvre un business par correspondance, une agence de casting, devient opératrice téléphonique de téléphone rose, et fait des apparitions à la télé et à la radio. Elle crée également des performances qu’elle va jouer aux quatre coins des Etats Unis, mêlant humour, sexe, et sessions de questions réponses.

Même si elle a joué une variété de personnages dans ses films, tous tendaient à parler mal et fort, ne pas avoir de sentiments, être turbulente, vibrante et même drôle, tout à la fois.
Elle n’a jamais simulé un orgasme de sa carrière, et l’auteur Charles Taylor dira d’elle qu’elle a apporté un persona au cinéma porno, et qu’elle était la Joan Blondell du porno.

En 1985, elle décide de quitter le porno, après avoir du signé des droits de distribution pour le film Educating Nina, un film qu’elle a réalisée, produit et fait sorti de terre avec de l’argent qu’elle a levé, et qui est le début de l’actrice Nina Hartley (dont je vous ai déjà parlé dans un numéro précédent)
Elle n’a jamais touché aucun argent du film, et elle déménage à Placerville en Californie, où elle travaillera dans un bed and breakfast, femme de ménage, nounou et aide pour personnes âgées

Elle revient au porno en 1995, faisant de nouveaux films comme actrice, productrice et réalisatrice.

En 1998, elle réalise et produit Ageless Desire, une vidéo hardcore, avec plusieurs couples de plus de 50 ans, dont Juliet et son partenaire de l’époque, qui obtiendra pas mal de prix.

En 2007, elle reçoit un doctorat honoraire en arts de l’Institute for Advanced Study of Human Sexuality. Ensuite, elle apparait dans le document Wadd : The Life & Times of John C. Holmes, et fait une de ses dernières apparitions à l’écran dans Dick Ho : Asian Porn Star en 2005.

Avant sa mort, elle vivait à Berkeley, et avait pour projet de produire de nouveaux films. Elle travaillait comme conseillère conjugale, et animait des ateliers pour les couples autour du toucher sexuel, elle a contribué aux livres The New Sexual Healers :Women of the Light et The Red Thread of Passion.
Je trouve qu’il est intéressant de la connaitre, car c’est une des seules personnes que je connais qui a fait du contenu autour des corps vieillissants, et c’est si rare encore aujourd’hui, alors que tous les corps sont beaux, et que la libido ne s’arrête pas forcément passé l’âge de la ménopause.


Parce que je me suis abonnée à la plateforme exprès, j’avais envie de vous parler de Carré Rose Films, une société de productions françaises ( et vous savez combien les sociétés de prod porno françaises éthiques et féministes sont rares, donc ça méritait bien d’en parler). Je me demande d’ailleurs pourquoi je n’en ai pas parlé avant, mais mieux vaut tard que jamais, comme dit l’adage.

Crée il y a plusieurs années par Carmina, cette société de productions de films pornographiques fait travailler aujourd’hui une petite équipe composée de photographes, de graphistes et d’une personne qui gère le site web.

Sur leur site, vous pouvez également prendre connaissance de leur manifeste :

Crée en 2017 avec la volonté de créer des images explicites, voulant mettre l’accent sur l’authenticité et le réalisme. C’est en 2017, durant La Fête du Slip à Lausanne en Suisse, qu’après avoir discuté avec différents performeur.se.s, acteur.trice.s, que Carmina a eu une révélation « On doit faire plus de porno en France ! Différent projets, menés par des femmes, et produits aussi éthiquement que possible » Une épiphanie porno en somme !

Le projet est lancé, et aucun retour en arrière n’est possible. Solidement ancrée dans la culture du porn européen alternatif, et dans des événements comme le Berlin Porn Festival, Carré Rose Films s’inspire de la réflexivité de cette scène entourant les questions d’éthique, de représentation et de consentement. Pour sa fondatrice, il est important de créer un endroit ou les acteur.rice.s ont une voix, et ou le.a productueur.trice et le.a réalisateur.trice ne dépassent pas leur limités. Il a semblé également important de montrer l’excellence du porno français hors de l’hexagone.

Carré Rose Films souhaite propose un porno plus respectueux et plus juste, mais elle souhaite également instiller dans ses créations de l’humour. Les films représentent le regard de Carmina : plein de malice, une vision dans laquelle le fun et le plaisir sont des facettes essentielles d’une vie agréable. Baiser, oui, mais aussi rire, de l’intimité et de la spontanéité.

Carmina commence assez rapidement à créer après sa révélation : filmer, et performer, mais aussi éditer et distribuer son travail. Elle introduit petit à petit d’autres gens dans l’aventure, autant devant la caméra que devant. Le catalogue s’agrandit tous les mois, car des couples et des acteur.trices sont autorisés à exprimer leur créativité à travers leur lentille presque naturaliste.

Au dela d’une plateforme pour les fantasmes, Carré Rose films souhaite mettre en lumière la scène indépendante qui challenge le regard du spectateur et donne à voir une palette de sexualités bien plus diverse que dans le porno mainstream.

Personnellement, mon préféré c’est 60 minutes avec Ferrell, parce qu’il est touchant de douceur, d’angoisse, mais est aussi très sexy et excitant (le film comme Ferrell)


En faisant mes recherches sur Carré Rose Films, je suis tombée plusieurs fois sur le nom Vesperal Production, et j’ai eu envie d’en savoir plus. Cette société de productions ne dispose pas de son propre site, toutefois, comme beaucoup de ses films sont sur Pinklabel.Tv dont je vous ai déja parlé, j’avais envie de vous en dire un mot.

Je vous propose donc une traduction de la présentation sur le site Pinklabel.tv

In The productions of Vesperal focus on the body which is portrayed with a great attention and becomes the main topic of the videos- through exploring different feelings from contact with different materia, covered with liquids and textures, that mediate temperature and emotion of touch. The sensuality of the image is amazingly intensified with the soundtracks, rhythmic electronic music, whispers of a deep brasilian voice. Vesperal combines interesting individuals, establish collaboration with creative minds that ultimately create really great content: full of passion, tenderness, delicate and soft yet intense sensuality (you can recognise some of the performers as they also produce their own content – Dante Dionys, Bishop Black, Dwam. Versperal is then a culmination, synergy of all the best from each of them). The atmosphere of the video evolves, together with the action, from delicate to more mechanical, then slow and playful again. Vesperal Production make a cinematic erotica, which has been already recognised on Berlin Porn Film Festival, that for sure can be valued by the ones who require the best quality.

« Dans les productions de Vesperal, l’accent est mis sur le corps, dépeint avec une grande attention et devient le sujet principal des vidéos en explorant les différent sentiments qu’on peut ressentir au contact de matériaux variés, couvert de liquides ou de textures, au contact de différentes températures et quand on est touchés. La sensualité de l’image s’intensifie merveilleusement avec la bande son, souvent de la musique éléctro punchy, des chuchotements d’une voix brésilienne puissante. Vesperal associe des individus intéressants, et établit une collaboration avec des esprits créatifs qui crée du très bon contenu : Dante Dionys, Bishop Black,… C’est un point culminant, une synergie du meilleur de chacun.e d’elleux. […] Vesperal Production crée un cinéma érotique, qui a déjà été reconnu au Berlin Porn Film Festival. »


Pour finir, Anna Span, née Anna Imogen Thompson le 15 janvier 1972, est une ancienne productrice et réalisatrice de films X, elle fait aujourd’hui des apparitions publiques fréquentes pour parler de sexe, de pronographie et de féminisme.

Elle est née et a grandie dans le Kent en Angleterre, et elle est diplômée du Central Saint Martins College of Art and Design.

Ses films sont pensés comme des films que les femmes peuvent regarder et apprécier, s’inspirant d’idées qu’elle développe la première fois dans une dissertation de 1997 « Vers une nouvelle pornographie ». Elle a également un master de philosophie du Birkbeck College, et a étudiée pour un doctorat en études de genres à l’université de Sussex, et sa thèse s’intitule « Repenser la misogynie : comment les hommes vivent le fait que les femmes peuvent avoir du pouvoir dans les rencontres amoureuses »

Son premier film a été diffusé en 1999 sur la chaine de porno britannique Television X, et elle a réalisée 250 scènes.

Ses films s’intéressent particulièrement aux femmes appréciant le sexe avec des hommes ou des femmes, voire les deux. Elle inclue également l’utilisation de sex toys, d’objets du quotidien utilisés comme des sextoys, les plans à trois, les plans à plusieurs et les gang bangs. La mise en scène de fantasmes et le jeu de rôles sont également très présents dans sa filmographie.

De plus; il peut arriver que des personnages apparaissant dans un film soient présents dans d’autres.

Il y a une grande emphase accordée à la réalité, à la fois au moment de l’écriture du script, et dans la performance, et elle essaie également de fixer sa caméra sur les hommes, pour que les spectateur.trices regardent la scène du point de vue des femmes.

Elle a gagnée de nombreux prix durant sa carrière, dont le Indie Porn Pioneer, et Best Bi Movie, au International Emma Feminist Porn Awards.

Après être apparue dans un documentaire sur Channel 4 en septembre 2007, elle est le point d’attention du documentaire Sex Films for Girls, dans lequel elle parle de ses points de vue sur la pornographie, et son approche cinématographique.

Elle s’identifie comme bisexuelle

Elle a donné des conférences autour des liens entre pornographies et féminismes dans de nombreux pays, dans des universités ou des festivals de films, et a publié quelques livres dont Erotic Home Video en 2003, My pornographic development, a chapter on my aesthettic philosophy, dans le livre Pornographie Art & The Aesthetics of Pornography en 2013, et a publiée sa thèse en candidate libre en 2015.

Elle a également crée un site appellé Weconsent.org, pour donner la parole aux travailleur.se.s du sexe contre les diverses paniques morales que la société dirige contre elleux et leurs travails (malheureusement il n’existe plus)
Elle écrit notamment pour le Daily Sport, The Guardian, et le Scarlet, un magazine féminin autour des sexualités. Elle a également fait des passages à la télévision britannique afin de défendre l’industrie du porno

En 2014, elle déménage en Californie avec son mari, enseigne pendant deux ans au département d’études féministes à l’USCB sur le sujet des études de genre, puis ouvre un bar à vins.

Tout au long de sa carrière, elle a voulue donner une autre image de la pornographie, et montrer qu’on peut tout à fait être une femme, et faire des films qui vont plaire aux femmes, sans forcément rester prudes.

Sitographie :

https://getcheex.com/creator/vesperal-productions/

https://carrerosefilms.com/en/

https://pinklabel.tv/

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